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L’Éducation française en Alberta: un bref résumé historique

…le début de l’histoire

Sur le territoire qui deviendra plus tard l’Alberta, la première école à fonctionner sur une base régulière à l’ouest du Manitoba est l’école ouverte par le père Lacombe en 1862 au Fort Edmonton. En 1859, les Soeurs Grises ouvrent une école au Lac Sainte-Anne et trois ans plus tard elles ouvrent celle à la Mission du Lac la Biche. Ces premières écoles marquent le début de l’éducation catholique et française en Alberta.

Suite à l’achat des Territoires du Nord-Ouest, le gouvernement du Canada passe le Rupert’s Land Act qui malheureusement ne contient aucune provision ayant trait au bilinguisme. Cela est aussi vrai de la Loi des Territoires du Nord-Ouest de 1875. Toutefois la lois de 1875 donne aux contribuables minoritaires de tout district scolaire, qu’ils soient protestants ou catholiques, le droit d’établir des écoles séparées et de n’être obligés de maintenir que celles-ci. Puisque les catholiques de l’époque sont aussi, pour la plupart, des francophones, cette loi favorise l’éducation française en permettant l’établissement de districts scolaires et d’écoles séparées où le français est utilisé comme langue d’enseignement.

…l’enseignement du français

En 1892, l’ordonnance no. 22 s. 83 fait de l’anglais la langue obligatoire de l’enseignement dans les Territoires. Mais le temps et les revendications des francophones vont améliorer les choses quelque peu. Ainsi, à compter du 1er septembre 1925, dans les écoles où la commission scolaire décide d’offrir un cours élémentaire en français (French primary course), en plus d’être une matière autorisée, le français sera aussi la langue d’enseignement des autres matières durant la première année. Le règlement permet aussi l’enseignement d’une heure de français par jour de la troisième à la huitième année et jusqu’à la neuvième année à compter de 1945.

Les enseignants peuvent aussi fournir des explications dans la langue maternelle si nécessaire. Toutefois en 1915 le gouvernement albertain ramène à l’ordre les enseignants qui se permettent de faire trop d’explications en français à leurs élèves francophones. La motion adoptée
affirme :

That this house place itself on record as being opposed to Bilingualism in any form in the school system of Alberta, and in favour of the English language being the only language permitted to be used as the medium of instruction in the schools of Alberta, subject to the provisions of any law now in force in the Province in that effect.

Les institutions privées telles que le Juniorat Saint-Jean (établit en 1908), le Collège des Jésuites (fondé en 1913) et l’Académie Assomption (fondée en 1926) sont aussi une exception à la loi albertaine qui établit l’anglais comme étant la langue officielle de l’enseignement.

…l’AIBA et l’AEBA

À compter de 1926, les luttes politiques ayant trait à l’éducation française sont surtout menées par l’ACFA. Mais puisqu’à l’époque le ministère albertain de l’Éducation n’offre aucun appui pédagogique dans le domaine de l’enseignement du français et de la religion, l’ACFA met sur pied l’Association des instituteurs bilingues de l’Alberta (AIBA). De 1926 à 1967 c’est à l’AIBA (remplacée en 1946 par l’Association des éducateurs bilingues de l’Alberta - AEBA) que revient la tâche d’assurer le développement des programmes d’études, l’évaluation des cours, la formation des maîtres et l’organisation d’activités culturelles de tous genres.

De nombreux francophones se souviennent de façon particulière des fameux concours de français de l’AEBA écrits chaque année par tous les étudiants francophones de la 3e à la 12e année. Par exemple en 1956, plus de 5 500 étudiants écrivent l’examen. Chaque année, la liste des étudiants et leurs résultats sont publiés dans La Survivance. Les origines de ce concours remontent à 1918 et au fil des ans différentes personnes en assument la responsabilité. À compter de 1933, l’organisation du concours est assurée par Maurice Lavallée qui en garde la responsabilité pendant de nombreuses années.

En 1963, l’AEBA sera remplacé par un conseil de spécialistes de professeurs bilingues au sein de l’ATA, le Conseil français.

…la formation des enseignants

En 1933, l’ACFA annonce des cours d’été de pédagogie pour les instituteurs et institutrices bilingues qui veulent se perfectionner. Trois ans plus tard l’ACFA obtient qu’un cours de pédagogie française ou Primary French soit inclus dans les cours d’été de la University of Alberta. Mais la U of A suspend le cours en 1935 à cause du manque d’inscription. À compter de 1946, c’est l’AEBA qui s’occupe de la formation des enseignants francophones.

…création de l’ACBA

Chaque district scolaire qui désire offrir un cours élémentaire de français (French primary course) doit adopter annuellement une résolution à cet effet. Il importe donc que les commissaires francophones soient conscients de l’importance de l’éducation française. En 1935, les francophones fondent alors l’Association des commissaires d’écoles de langue française (ACBA). Le premier président est J.-O Pilon. En 1941, on compte environ 200 commissaires de langue française et 95 écoles où le français est enseigné une heure par jour,

…la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme

Établie par le premier ministre Pearson en 1963, la Commission Royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme a comme mandat de faire rapport sur l’état du bilinguisme et du biculturalisme au Canada et de recommander les mesures à prendre pour que la Confédération canadienne se développe d’après le principe d’égalité entre les deux peuples qui l’ont fondée, compte tenu de l’apport des autres groupes ethniques à l’enrichissement culturel du Canada.

En 1969, la Commission publie le deuxième livre de son rapport et celui-ci traite d’éducation française. Plusieurs recommandations du rapport traitent de la création d’écoles françaises et d’écoles d’immersion. Ces recommandations seront à la base de l’article 23 la Charte canadienne des droits et libertés de 1982 et du travail fait dans le domaine de l’étude du français par les non francophones, travail qui permet à l’immersion française de devenir une réalité importante un peu partout au pays.

…suites aux changements de la loi scolaire en Alberta

En avril 1968, le gouvernement albertain adopte un projet de loi qui permet l’enseignement en français 50% de la journée scolaire. En 1976, l’année où l’ACFA célèbre son 50e anniversaire, la province de l’Alberta adopte le règlement 250/76 qui permet l’utilisation du français comme langue d’enseignement jusqu’à 80% de la journée.Malheureusement le gouvernement albertain ne fait pas de distinction entre la clientèle francophone et la clientèle anglophone bien que la Commission royale d’enquête ait clairement précisé que les deux clientèles doivent chacune avoir leurs propres écoles. Le gouvernement albertain juge qu’en Alberta, le nombre d’élèves francophones qui se chiffre alors à plus 6 000 ne justifie pas qu’ils aient leurs propres écoles. Les Franco-Albertains devront attendre la Charte canadienne des droits et libertés de 1982 avant d’avoir accès à l’école homogène française. Ainsi de 1968 à 1982, un nombre toujours grandissant de jeunes élèves anglophones vont étudier le français dans les 27 écoles bilingues de l’Alberta qui, avec le temps, deviendront les écoles d’immersion.

…les débuts de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés

Malheureusement, la culture-milieu de l’école d’immersion deviendra une source d’assimilation pour les élèves francophones, situation qui sera corrigée à compter de 1982 grâce à l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés. L’article 23 donne aux minorités francophones à l’extérieur du Québec (et à la minorité anglophone au Québec) le droit de créer et de gérer des écoles homogènes françaises (ou anglaises). Mais l’obtention des écoles françaises va donner lieu à de grandes luttes devant les instances gouvernementales et devant les autorités scolaires. Dans chaque province canadienne, les communautés francophones minoritaires doivent contester l’inaction de leur gouvernement devant les tribunaux.

…les associations de parents nationale et provinciale

Pendant ce temps, de nouvelles organisations viennent appuyer la cause des minorités francophones. En 1986, Yvon Mahé du bureau d’éducation de l’ACFA crée la Fédération des parents francophones de l’Alberta (FPFA). La même année, la Commission nationale des parents francophones, mouvement regroupant les comités de parents implantés dans les neuf provinces anglaises, demande au Secrétariat d’État et au Conseil des ministres de l’Éducation d’entreprendre une étude conjointe sur les mesures législatives et administratives susceptibles d’assurer la mise en application des dispositions de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés. La même année, l’ACFA et la Canadian parents for French rédigent une brochure d’information intitulée «Éducation française, Deux clientèles». Le document explique la distinction qui s’impose entre le programme d’immersion française pour les non francophones et le programme de français langue première pour les francophones.

…le travail porte fruit

Les luttes menées pour assurer l’ouverture d’écoles françaises portent fruit. Après s’être vu refusé la permission d’ouvrir une école française par le Edmonton Public School Board et le Edmonton Catholic School Board, le groupe Bugnet ouvre une école élémentaire française privée et non confessionnelle à Edmonton en 1983. Il s’agit de l’école Georges et Julia Bugnet. En mai de la même année, un groupe de parents forme un comité ad hoc sous la présidence de Claudette Roy dans le but d’obtenir une école française catholique payée par les deniers publics. En 1984, L’École Maurice-Lavallée d’Edmonton et l’École Saint-Antoine de Calgary sont ouvertes. De nombreuses écoles viennent s’ajouter à la liste par la suite : l’école Héritage (1988), l’école Notre-Dame (1989), l’école du Sommet (1990), l’école Citadelle (1990), l’école Sainte-Jeanne-d’Arc (1991), l’école Voyageur, l’école Père-Lacombe (1992), l’école Beauséjour, le Pavillon Lavérendrye (1994) etc..

En 1989, l’école Maurice Lavallée reçoit les élèves de la maternelle à la douzième année pour la première fois. C’est une réussite plutôt coûteuse en terme d’énergie humaine car elle aura exigé des années de travail de la part des dirigeants de la Société des parents pour l’école française d’Edmonton ainsi qu’une occupation des locaux du Edmonton Separate School Board en mars 1988.

En 1983, le groupe Bugnet a décidé d’amener la province de l’Alberta en cour et en 1985 le jugement de la Cour du banc de la Reine dans la cause Mahé contre le gouvernement albertain décrète que la loi scolaire albertaine va contre l’article 23 de la Charte des droits et liberté. En 1987, le jugement de l’arrêt de la Cour d’appel dans cette même cause décrète que les francophones ont droit à la gestion exclusive de leurs écoles mais les nombres sont jugés insuffisants à Edmonton. Suite à ce deuxième jugement, les parents du groupe Bugnet font appel encore une fois et le cas Mahé/Bugnet se rend en cour Suprême.

…la loi scolaire et la politique ministérielle de 1988

En 1988, six ans ans après la Charte canadienne, la province de l’Alberta propose enfin sa nouvelle loi scolaire. Celle-ci ne traite nullement de régime d’application des droits selon l’article 23 et encore moins de la gestion par les francophones.

La même année, le gouvernement albertain émet le document Language Education Policy for Alberta, une politique ministérielle concernant l’enseignement des langues en Alberta. Cette politique indique qu’il y aurait probablement cinq régions albertaines où les nombres pourraient justifier la création d’écoles homogènes françaises. Tout cependant est laissé à la discrétion des conseils scolaires locaux.

…le jugement de la Cour suprême du Canada dans l’affaire Mahé

En 1990, la Cour suprême du Canada rend sa décision dans l’affaire Mahé. Le jugement décrète que selon l’Article 23, les francophones ont droit à la gestion de leurs écoles. Certaines failles dans le jugement cependant suggèrent que les luttes ne sont pas terminés, ce qui sera en fait le cas.

…le groupe de travail

En 1991, après plusieurs démarches de la part de l’ACFA et de la Fédération des parents, le ministre de l’éducation, l’hon Jim Dinning, met sur pied le French Language Working Group, un groupe de travail ayant comme mandat de négocier la gestion scolaire par les francophones. Le groupe de travail soumet un rapport unanime en mai 1991. En avril 1992, lors d’une rencontre avec les représentants de la communauté francophone, le Premier Ministre Getty indique qu’il est prêt à appuyer un projet de loi sur la gestion des écoles françaises par les francophones. En fit il n’a pas le choix puisqu’il s’agit d’un droit constitutionnel mis en place depuis 10 ans déjà. En 1993, le gouvernement albertain amende la loi scolaire et les francophones obtiennent enfin la gestion scolaire.

…conclusion

Lorsqu’on fait le bilan des acquis dans le domaine de l’éducation française, on se rend compte du fait que les gains qui ont été faits au fil des années ont parfois exigé énormément d’énergie et de persévérance.


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