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Les communautés métisses

Les missionnaires oblats de Marie-Immaculée arrivent à Saint-Boniface dans le Nord-Ouest canadien en 1845 pour aider le clergé diocésain dans leur travail d’évangélisation de la population métisse et autochtone. Le premier religieux à s’établir dans l’Ouest au 19ième siècle fut Mgr Norbert Provencher, arrivé à la colonie de Selkirk en 1818, à la demande du fondateur de la colonie (et actionnaire principal de la Compagnie de la Baie d’Hudson) dans l’espoir qu’il puisse conclure une paix durable entre les nouveaux colons écossais et les métis, qui habitaient dans la région depuis fort longtemps. La sédentarisation est un de ses buts, mais si dès son arrivée, Provencher encourage les métis et les autochtones à pratiquer l’agriculture, le succès de ses initiatives est mitigé, faute de moyens, d’accès à un marché viable et de désastres naturels qui s’abattent ponctuellement sur la colonie (inondations de la vallée de la Rouge, invasions de sauterelles qui dévorent toutes les récoltes sur le chemin).

Pour survivre, la population métisse est nomadique; un mode de vie qui, vers le mitan du siècle, se transformera en un nomadisme basé sur le commerce des peaux de bison, qui voit son apogée vers 1865. L’accès rapproché des chemins de fer au sud de la frontière canado américaine rend possible la vente des lourdes peaux de bison à un prix équitable pour le marché américain, chose qui était impossible lorsque le commerce des fourrures se faisait exclusivement avec la Compagnie de la Baie d’Hudson et le marché de Londres. La situation se règle définitivement en 1849 avec le procès Sayer, où le commerce est déclaré libre par les habitants métis de la Rivière-Rouge et que la CBH doit accepter comme fait accomplit. Le monopole de la CBH est en voie de disparition.

Durant cette époque, une proportion considérable de la population du Nord-Ouest habite à la Rivière-Rouge une partie de l’année, où ils ont une habitation en lot, le long de la rivière, d’après la tradition des anciens voyageurs canadiens comme dans la vallée du Saint-Laurent. Mais ils doivent s’éloigner de temps à autre pour chasser les hardes de bisons. De leur résidence le long de la Rouge, les riverains cultivent des jardins potagers et aussi de l’orge, céréale plus résistante aux gelées d’automne que le blé. Les missionnaires encouragent tous ces efforts en agriculture, qu’ils voient comme un pas vers le sédentarisme, mais ils les accompagnent aussi dans leurs expéditions de chasse. Plusieurs d’entre eux écriront des lettres et des récits au sujet de ces campagnes, et lorsque les oblats arrivent, certains de leurs récits seront publiés dans les Missions, lettre circulaire des oblats, et dans d’autres publications religieuses. Leurs aventures contribueront à la perception quasi mythique des missions de l’Amérique du Nord et de l’aventure « des Glaces polaires » pour le Christ, qui a tant fait rêver les français et autres peuples européens catholiques.

Après l’union de 1821, la population à l’emploi de la CBH était en grande majorité née au pays; beaucoup d’entre eux était des « voyageurs », qui se déplaçant en brigades, assuraient le va et vient de marchandises de l’arrière pays. Si certains de ces hommes s’engagent de la Rivière-Rouge, où ils vivent avec leurs familles, la main d’œuvre de la CBH vient aussi de d’autres endroits. Les engagés à l’emploi des postes de fourrures se trouvent un peu partout dans les Territoires de Nord-Ouest, et bien au-delà des Montagnes Rocheuses jusqu’à la Côte du Pacifique et dans le Grand Nord, où ils vivent avec leurs familles. Aux postes de fourrures, ils ont toutes sortes d’emplois, bûcherons, gardiens de chevaux, menuisiers, etc.; les épouses de ces hommes travaillaient aussi à diverses occupations aux postes. La plupart des postes cultivaient des jardins aussi, ce qui était une source importante de légumes dans ces régions de l’arrière pays. Lorsqu’ils prennent leur retraite, ils sont généralement encouragés de s’installer à la Rivière-Rouge et non dans l’arrière pays. Cela ne se fait pas toujours.

Après l’union de 1821, il y a une grande mise à pied de personnel qui est jugé superflu. Nous voyons alors la croissance de quelques petits rassemblements communautaires permanents, comme ceux du lac du Diable (devenu lac Sainte-Anne après 1845) ou du lac la Biche. Ils cultivent des petits jardins, qui sont plantés au printemps, laissés durant l’été, le temps de la grande chasse et récoltés à l’automne, lors de leur retour. En dépit de l’interdiction de la CBH des petites agglomérations se créent ailleurs, comme sur les bords du lac Manitoba. Et bien sur, un grand nombre des anciens engagés désoeuvrés et leurs familles se rendent à la Rivière-Rouge, où ils s’installent, ce qui fait grossir considérablement la population de la colonie Assiniboine de Selkirk.

De ces endroits, pour suffire à leurs propres besoins, les habitants métis s’organisent, en saison, pour la chasse des hardes de bison; ils approvisionnent aussi des postes de traite, comme le fort Edmonton. Leur raison de vivre et de se déplacer en grand nombre est basée sur les grands dangers de s’aventurer seul à la prairie, car certaines tribus autochtones encore  agressives. Avec la force des nombres et la demande croissante pour le produit de leur chasse par la CBH, ils se construisent des petites habitations ici et là dans les Plaines, surtout dans des ravins où ils sont à l’abri et où ils peuvent transformer le produit de leur chasse en denrées durables – fumer, sécher et piler la viande, fondre le gras des animaux, préparer le pemmican, préparer les peaux, etc. Ce sont au plus des colonies fugitives, construites en conséquence de la présence du bison, dans les Montagnes du Cyprès, dans les nombreuses coulées de la rivière Saskatchewan du Sud ou de la rivière la Biche (Red Deer), ou au lac du Bœuf (Buffalo Lake), et bien ailleurs encore, dans des endroits où leurs traces ont été effacés par le temps.

Vers 1840, il devient de plus en plus évident que l’époque du commerce des fourrures tire à sa fin. La colonisation de l’Ouest américain ne passe pas inaperçue par les administrateurs de la CBH; déjà à deux reprises la Compagnie a implanté des colons de la Rivière-Rouge dans son territoire de l’Oregon afin de stopper son invasion des colons américains. La CBH fait même venir deux missionnaires en 1838 pour desservir ces colons. C’est une entreprise dans laquelle la CBH, en 1846, est obligée de se reconnaître en grande partie perdante, car elle est obligé d’abandonner ses revendications à la souveraineté territoriale au sud du 49ième parallèle.

La CBH subventionnait aussi les missionnaires de confessions protestantes, mais la population métisse de souche francophone et catholique s’en méfiait et vers 1840 a commencé à demander à avoir des missionnaires catholiques, un appel qui vient de l’arrière-pays de la Saskatchewan, de l’Athabasca et du Mackenzie. Cet appel est bien entendu à Saint-Boniface, tout que dans l’Est du pays, et en France, surtout par les missionnaires oblats. Lorsqu’ils viennent dans le Nord-Ouest canadien, ils remontent ces courants et missionnent auprès de cette population métisse, d’ancienne souche catholique de la vallée du Saint-Laurent. Ils les accompagneront à la prairie, à la chasse du bison, évangélisant leurs fidèles à tout bon moment.

Avec la disparition du bison, la sédentarisation s’oblige. Partout où les missionnaires avaient établit leur mission-chapelle, ils s’efforcent de planter un jardin pour suppléer au maigres ressources qui sont à leur disposition. Ainsi, ils donnent l’exemple. Dans certains cas, les missionnaires tâchent d’enseigner aux indigènes à cultiver la terre.

Ceci est précisément ce que le père Albert Lacombe fait en 1865 lorsqu’il met en action son projet sur la rive gauche de la Saskatchewan du Nord, et cultive la terre et sème des pommes de terre et du grain avec l’aide d’une population métisse et autochtone. Connue comme Saint-Paul-des-Cris, cette mission sera abandonnée en 1873, suite à la grosse épidémie de variole de 1870.

À d’autres missions, les efforts des oblats pour encourager la sédentarisation sont parfois plus réussis, pas toujours. Le lac Sainte-Anne, qui était habité par une colonie de métis, devait être un havre contre les dangers de la civilisation, mais se trouve trop isolé et trop propice aux gelées. Ainsi Mgr Alexandre Taché et le père Albert Lacombe choisissent de se rapprocher du fort Edmonton en 1861, et établissent la mission de Saint-Albert. L’endroit est mieux choisit pour la culture, et les oblats s’y adonnent et encouragent les métis à venir s’y installer et faire de même. 

La situation est semblable au lac La Biche, et c’est la population résidente qui invite les missionnaires à s’installer à l’emplacement présent. Mais les gens qui habitent autour du lac travaillent dans le commerce des fourrures; ils gardent des chevaux et ont les premiers droits sur les marais à foin. Pour eux, la mission des oblats est tout de même un point de rassemblement important, et les commerçants les plus prospères s’installent dans le proche voisinage.

Un autre endroit notable est celui de Batoche, en Saskatchewan; là aussi les métis s’étaient installés à leur gré, et les missionnaires oblats les suivent; plusieurs petites agglomérations métisses se créent dans les environs, tels le lac du Canard, Saint-Laurent, Saint-Louis, entre autres, et les missionnaires oblats viennent y établir des missions.

Vers 1881, quelques familles métisses, les Salois et les Laboucane, s’installent à la rivière Bataille, en Alberta, longeant un chemin passant et où ils s’occupent de transport de marchandises avec leurs fameuses charrettes, et font aussi de l’élevage de bétail et de chevaux. Connu comme « la traverse de Laboucane », son nom sera changé à Duhamel, en honneur de l’archevêque Thomas Duhamel de l’archidiocèse d’Ottawa. Suite à la prise de concessions par les « homesteaders » dans cette région vers 1896, plusieurs grandes familles de la traverse de Laboucane se rendent à Saint-Paul-des-Métis avec leurs grands troupeaux, où il y a encore des terres livres pour faire paître leurs animaux.

Dans les plaines, vers 1870, les chasseurs de bison qu’étaient devenus les métis se rendent de la Rivière-Rouge au-delà du fort Qu’Appelle à la Montagne de Bois, la Montagne du Cyprès ou à la Montagne de Lait, à l’extrême sud-ouest de ce qui est aujourd’hui la Saskatchewan et l’extrême sud-est de l’Alberta; quelques missionnaires, dont le père Jules Decorby et le père Jean Lestanc les retrouvent pour leur offrir les consolations de la religion. La région est le lieu d’un grand rassemblement, et les métis viennent vraiment d’un peu partout dans le Nord-Ouest, tant le commerce des peaux de bison était venu suppléer au manque à gagner ailleurs dans le commerce des fourrures qui battait de l’aile. Le père Lestanc hiverne avec eux quatre années.

Mais pour plusieurs raisons, incluant le commerce de l’alcool et les troubles à la frontière américaine, Mgr Taché rappelle à lui ses missionnaires, dans un effort de ramener cette population vers la Rivière-Rouge, car à cette époque il espérait sédentariser les métis, et croyait qu’il pourrait le faire dans ce qu’il considérait être le berceau des métis, aux alentours de la Rivière-Rouge, devenu le Manitoba « timbre-poste ». Ces métis sont profondément chagrinés de perdre leur missionnaire résident et adressent une lettre touchante à Mgr Taché, plaidant qu’il leur redonne le bon père Lestanc. Cela ne se fera pas.

C’est la disparition du bison qui met fin à ces camps de quelques saisons, et l’agglomération de « Talle-de-Saules », dans le sud de la Saskatchewan se crée, son nom s’anglicisant à « Willow Bunch », est colonisé par certains de ces métis, sous la direction d’un commerçant canadien, Jean-Louis Légaré. Ce dernier développe un petit commerce qui emploie un grand nombre de métis oisifs et affamés; ils ramassent les os de bison qui jonchent les plaines et les transportent à des dépôts près des chemins de fer. La ville de Régina est longtemps surnommé « Tas-d’Os » à cause de cette entreprise. D’autres métis retournent vers Batoche, Saint-Albert, ou dans les villes champignons qui surgissent de la plaine, suite à l’arrivée du chemin de fer, cherchant du travail où ils peuvent le trouver.

Les désordres de 1885, causés surtout par le non-respect des lots où les métis avaient choisis de s’établir longtemps avant l’arrivée des arpenteurs du gouvernement canadien, bouleversent l’ordre établit dans le Nord-Ouest. En plus, il y avait la question des certificats des terres au métis (les scrips) qui avaient surtout été vendus pour un petit pain, laissant les métis sans terres et sans les connaissances pour gagner leur vie autrement. La pauvreté et la misère sévissaient alors dans les plaines, et le père Albert Lacombe se résolu de trouver un moyen d’enseigner aux métis comment cultiver la terre comme les colons qui ne cessaient d’arriver dans l’Ouest pour tenter leur chance dans ce pays de l’avenir. Ayant des relations très proches avec l’élite, il réussit, en 1896, à faire réserver quatre townships dans le Nord-Est de l’Alberta. En souvenir de sa première colonie au bord de la rivière Saskatchewan, il nomma la colonie « Saint-Paul-des-Métis ». Il aurait préféré un emplacement comme le lac du Bœuf, lieu où les métis avaient coutume d’aller pour chasser le bison, mais ces terres étaient réservées pour les « homesteaders ». C’est alors, qu’ils acceptent de l’installer une 30 de kilomètres au nord de la Saskatchewan. L’endroit est isolé, il n’y a pas de routes, le chemin de fer est à deux jours de route, les lots sont petits, à peine 30 hectares, les outils agraires manquent ainsi que le financement et, comble du malheur, la grande école pensionnat est la victime d’un incendie lorsqu’elle est à peine terminée. Douze ans plus tard le projet est abandonné et la colonie est ouverte aux colons, et par un coup arrangé avec les politiciens, les oblats réussissent à placer des canadiens français sur toutes les terres.

Malgré toutes leurs difficultés à s’installer sur des terres comme colons, les métis restent très attaché à l’Église, et le clergé continue de les desservir dans la foi et de les aider autant qu’ils peuvent, suivant leur dévise « Évangéliser les pauvres ». Lorsque les métis, acculés, déshérités et sans terre, s’organisent pour se relever et créer l’Association métisse de l’Alberta » en 1930, ce qui mènera à une commission d’enquête, les oblats sont là pour appuyer leurs anciens élèves et les encourager dans leur lutte. Tout au long du 20ième siècle, les oblats organisent le pèlerinage à la mission du lac Sainte-Anne où ils reçoivent les fidèles métis, où ils font leur travail de missionnaire, consolant, encourageant et appuyant leurs ouailles. Pour les oblats, cela fait partie du travail d’évangélisateur.


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