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Émile Petitot, missionnaire dans le Grand-Nord canadien: évangélisateur ou apôtre de la science?

Gilles Cadrin
Faculté Saint-Jean
Université de l'Alberta

Au début du 19è siècle, l'Ouest canadien, devenu relativement accessible, ne demeurait plus le champ d'action des seuls trappeurs, coureurs de bois et marchands de fourrures. De fait, en 1811, Lord Thomas Selkirk avait obtenu une vaste concession dans le sud-est des Territoires du Nord-Ouest, au confluent de la rivière Rouge et de l'Assiniboine, en vue d'y fonder une colonie. Les premiers colons, des Écossais, avaient commencé à prendre des terres au bord de la rivière Rouge en 1812, pendant que les compagnies de fourrures se livraient une concurrence si effrénée qu'un affrontement en 1816 entre des bandes armées des deux compagnies rivales se soldait par la mort de 21 colons et du gouverneur Semple. Au désordre social qui régnait, s'ajoutait l'échec successif des récoltes. Pour combattre la misère morale et le découragement qui s'installaient, le gouverneur des Territoires, Miles Macdonell, avait alors demandé à Mgr Plessis, évêque du diocèse de Québec, d'envoyer des prêtres dans la colonie. En juillet 1818, Messieurs Provencher et Dumoulin arrivaient pour adoucir les mœurs de la colonie et jeter les bases de l'Église catholique dans l'Ouest. Une trentaine de colons du Québec s'ajoutaient à la colonie et une société naissait, ayant comme centre, Saint-Boniface. Messieurs Provencher et Dumoulin ne se mirent pas pour autant au service exclusif des Blancs: ils firent plusieurs voyages vers l'ouest et le nord pour aller au devant des tribus indiennes. Ce n'étaient que les premiers d'une longue suite de voyages par lesquels les futures missionnaires donneraient à l'Église catholique tout l'Ouest et le Grand-Nord canadiens. Ces ouvriers viendraient principalement de France.

Pourquoi cette si grande participation de la France? C'est que, en la première moitié du 19è siècle, elle connaissait un renouveau de ferveur missionnaire inspiré par la publication de l'œuvre de Chateaubriand, Le Génie du Christianisme (1802), dont le livre quatrième de la quatrième partie porte sur les exploits des missionnaires1 . La France devint alors le pays catholique missionnaire par excellence: elle fournit des recrues en nombre record grâce à la Propagation de la Foi qui, par la publication de ses Annales, continuait de sensibiliser la population à l'idéal missionnaire tout en sollicitant les contributions financières nécessaires à l'avancement de l'œuvre de l'Église. À elle seule, de 1822 à 1855, la Société des Missions étrangères de Paris envoya 289 prêtres en mission soit le même nombre que de 1660 à 18222 Les missiologues expliquent la grande contribution de la France à l'œuvre missionnaire par d'autres facteurs encore: la surcharge de vocations religieuses dans certaines régions de la France; le niveau de la pratique religieuse non seulement dans la famille, mais dans le milieu; l'attrait des pays lointains; et enfin, la glorification du martyre3 . Nulle part n'est mentionné le désir de faire avancer la science mais, pour toutes les raisons avancées, les religieux commencèrent à arriver de France.

Bien que le Québec ne fût pas considéré comme un pays de mission, il accueillit en masse des communautés religieuses à partir de 1837: les Frères des Écoles Chrétiennes (1837), les Oblats de Marie-Immaculée (1841), les Jésuites (1842), les Clercs de Saint-Viateur (1847), ... Ces religieux ne venaient pas, en réalité, se mettre au service des populations indigènes du Québec, lesquelles se réduisaient à seulement quelques milliers. En fait, le recensement de 1871 fixe à 6,988 le nombre d'Indiens au Québec et à environ 79,000 dans l'Ouest4 . Le vrai besoin de missionnaires se trouvait donc dans l'Ouest où quatre à cinq prêtres séculiers réussissaient très difficilement à convertir les indigènes. Il n'est pas étonnant que Mgr Norbert Provencher, évêque de Saint-Boniface, se tournât du côté des Oblats de Marie-Immaculée, congrégation missionnaire avant tout, pour leur demander secours. Comme ceux-ci, au lieu de se consacrer à l'enseignement comme toutes les communautés mentionnées, prêchaient des missions, des retraites et des croisades de tempérances dans le Québec, le Conseil général des Oblats accueillit favorablement la demande de Mgr Provencher et décida de lui envoyer deux missionnaires.5

Lorsque le père Pierre Aubert et le frère Alexandre Taché arrivèrent à Saint-Boniface en 1845, ils ouvraient le Nord-Ouest de l'Amérique à l'œuvre des missionnaires Oblats de Marie-Immaculée. Pour ces membres d'une congrégation religieuse établie à Montréal seulement depuis 1842, tout était à apprendre des peuples qu'ils venaient évangéliser. La connaissance des langues diverses s'imposait tout d'abord. Pour exercer un ministère efficace, il fallait aussi s'initier aux coutumes, aux traditions et aux mœurs de chacune des tribus car, le champ d'action étant vaste et les moyens limités, cette connaissance devait permettre aux premiers missionnaires d'orienter leur ministère vers les tribus qui semblaient les plus disposées à les recevoir. Ainsi, les premiers missionnaires durent se mettre à la tâche en vue d'acquérir la langue et la connaissance des peuples que l'Église adoptait. Certains firent même plus que l'étude nécessaire à l'œuvre du missionnaire: ils semblent avoir consacré une si grande partie de leur vie à des travaux d'ordre scientifique qu'on peut se demander si ces missionnaires furent des évangélisateurs ou des apôtres de la science. Telle est la question à laquelle nous tenterons de répondre en voyant comment le père Émile Petitot fut amené, dans le cadre de son œuvre évangélisatrice, à devenir linguiste, ethnologue et géographe.

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